Etude Santé : Les professionnels de santé en première ligne

MALAISE CHEZ LES PROFESSIONNELS DE SANTE : MOINS DE 20% DES MEDECINS FRANCAIS RECOMMANDERAIENT A UN TIERS DE SE FAIRE SOIGNER DANS LEUR ETABLISSEMENT


Les résultats du dernier rapport de Bain & Company doivent alerter les acteurs du système de santé sur l’urgence des transformations à engager pour réduire les coûts des soins de santé et recentrer leurs modèles de prestations sur le patient.


Paris, le 11 octobre 2016 – Si les dernières années ont été le théâtre de restructurations et de consolidations des systèmes de santé européens, la route est encore longue. C’est ce que révèle la dernière étude de Bain & Company, Les professionnels de santé en première ligne , qui a pris le pouls de près de 1 200 médecins et 170 responsables d’hôpitaux en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie pour établir un diagnostic sans appel : une majorité d’entre eux concède en effet que leur établissement est mal préparé pour affronter les grands défis à venir pour le secteur. Un malaise d’autant plus palpable à la lumière de ce résultat : moins de 20% des médecins hospitaliers interrogés en France recommanderaient à leur famille ou proches de se faire soigner dans leur établissement.

Gageons que ces résultats fassent figure d’électrochoc pour enjoindre les établissements et systèmes de santé à accélérer la transformation de leurs modèles, afin de remettre le patient au cœur d’un dispositif qui puisse allier à la fois baisse des coûts et hausse de la qualité des soins ou traitements prescrits. Car non seulement les pays étudiés figurent parmi les systèmes de santé les plus chers au monde – dont 75% des dépenses de santé sont supportées par les Etats - mais surtout parce que la pérennité des modèles de ces économies matures est questionnée par deux profondes tendances : d’une part l’explosion des maladies chroniques qui représentent aujourd’hui la majorité des dépenses de santé, et de l’autre le vieillissement inéluctable de la population. 80% des médecins interrogés dans les quatre pays citent d’ailleurs le vieillissement de la population comme la tendance qui aura le plus d’impact sur les prestations de soins, sachant qu’ils sont 42% à estimer qu’il affectera négativement la qualité des soins dispensés.


« Les gouvernements européens s’accordent à dire qu’ils doivent trouver un moyen de réduire les coûts tout en améliorant les prestations de santé et de traitement pour les patients », déclare Loïc Plantevin, co-auteur du rapport et en charge du pôle santé du bureau français de Bain & Company. « Alors que les pressions sur le secteur continuent de s’accroître, nous pouvons entrevoir une systématisation et une standardisation des systèmes de santé en Europe continentale, au risque de limiter la liberté de prescription des médecins en leur imposant des contrôles plus stricts sur la façon dont ils choisissent de traiter les patients. »


Les résultats de l’étude Bain montrent également que la perception des médecins quant à leur niveau de responsabilité dans la gestion des coûts a évolué et que les modèles de paiement mettent les fournisseurs à risque pour l’obtention de résultats. Ils sont respectivement 21% et 36% à évaluer de façon négative l’impact des nouveaux modèles de paiement et des mesures d’austérité sur la qualité des soins à l'avenir. Pourtant, en dépit des contrôles plus stricts imposés aux médecins, la systématisation qu’ils induisent procure des indicateurs de performance qui permettront aux établissements d’indexer une plus grande part des revenus des médecins sur leurs résultats effectifs. Hormis au Royaume-Uni qui dispose déjà d’un modèle de rémunération des médecins corrélé à leur performance, les médecins interrogés en France, en Allemagne et en Italie se déclarent prêts à voir indexer une part plus élevée de leur salaire sur leur performance.


Dans un environnement sous tension, notamment en raison des pressions sur les coûts auxquelles font face les établissements, les médecins interrogés doutent de la capacité de leur établissement à relever les défis qui les attendent. A l’échelle européenne, seuls 30% des médecins des hôpitaux publics estiment ainsi que leur établissement dispose des structures appropriées et ils sont encore moins nombreux (29%) à juger suffisants les investissements réalisés par leur établissement. Il n’est dès lors guère étonnant que seul 1 médecin interrogé sur 4 se déclare animé par sa mission au sein de son hôpital. Un chiffre à nuancer quand on constate que seuls 28% des médecins français expriment leur intention ferme de changer d’établissement dans les deux prochaines années, contre 65% au Royaume-Uni.


L’étude anticipe également l’impact direct de la systématisation et de la standardisation sur toute la chaîne de valeur des systèmes et procédures de soins de santé en Europe, des laboratoires pharmaceutiques aux fabricants de matériel médical, et observe que dans les établissements, les décisions sont de plus en plus orientées selon des critères de coûts et de résultats, à la lumière de 4 chiffres clés :

  • La part de chirurgiens attestant que le responsable achats de leur établissement définit des orientations, voire est décisionnaire, dans l’approvisionnement en instruments et en matériel médicaux a doublé en 3 ans en France, de 20 à 40%.
  • Dans les 4 pays européens sondés, 55% des chirurgiens déclarent avoir cessé d'utiliser un dispositif parce qu'il n’était plus fourni par leur établissement.
  • Comme aux États-Unis, la concurrence va s’accroître à mesure que les hôpitaux vont structurer leur fonction achats et mettre en place des programmes de fournisseurs privilégiés, qui renforceront l’avantage des leaders dans leur catégorie. L’Allemagne est le pays qui a connu la plus grande rationalisation en 3 ans, avec 91 % des responsables d’établissements faisant appel à 10 fournisseurs maximum, contre 60% il y a 3 ans. La France prend le même chemin, même si la tendance y est moins marquée (70% contre moins de 60% il y a 3 ans).
  • En ce qui concerne le poids du facteur coût dans la prescription des médicaments, le curseur se déplace d’un pays interrogé à l’autre. Plus de 60% des médecins britanniques et 57% des médecins allemands considèrent le prix comme un critère déterminant dans la prescription, contre seulement 1 médecin interrogé sur 5 en France. Toutefois, les médecins français perçoivent plus volontiers leur devoir de responsabilité en matière de contrôle des coûts (62%) que la moyenne de leurs voisins européens (54%).

A l’heure où le paysage de la santé se redessine en Europe, notamment sous l’effet d’une systématisation et d’une standardisation croissantes, l’opportunité est donnée aux laboratoires pharmaceutiques et aux fabricants de matériel médical d’aider les professionnels des systèmes de santé à délivrer davantage de valeur dans leurs prestations de soins. 85% des médecins européens interrogés voient dans l'innovation en faveur de nouveaux traitements, procédures ou dispositifs médicaux, le premier levier de changement et établissent un lien direct entre ces innovations et leur aptitude à délivrer des soins de meilleure qualité.


Dans ce secteur en profonde recomposition, le cap suivant à franchir pour gagner ou conserver l’avantage résidera dans la collecte, l’agrégation et l’analyse des données afin de démontrer l’efficacité et l’efficience des innovations engagées, mais aussi affiner la connaissance des patients, afin d’intégrer des services à valeur ajoutée ou des modèles de tarification alternatifs.

« Les médecins ont prêté serment de ne pas nuire au patient, mais nulle part il n’est stipulé qu'ils doivent tenir compte du facteur coût », ajoute Loïc Plantevin. « Aux laboratoires pharmaceutiques, medtechs et fabricants de matériel médical d’aider les établissements et professionnels des systèmes de santé à trouver le juste équilibre entre prestations de soins de meilleure qualité et coûts associés, afin de tirer le meilleur de la systématisation de leurs modèles. »


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Pour programmer une interview avec Loïc Plantevin, co-auteur du rapport et en charge du pôle santé du bureau français de Bain & Company, veuillez contacter :

Bain & Company - Tél : 01 44 55 75 75
Stéphanie Herrmann, stephanie.herrmann@bain.com
Clotilde Bouthonnet, clotilde.bouthonnet@bain.com


Image 7 - Tél : 01 53 70 74 70
Florence Coupry, fcoupry@image7.fr
Charlotte Mouraret, cmouraret@image7.fr

 

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